LE SINGE DE NAZCA


image d'un paysage de la région de Nazca au Pérou

Nazca, un site énigmatique

Le paysage des lignes de Nazca dans la plaine côtière désertique du Pérou, à environ 400 km au sud de Lima, constitue un site archéologique parmi les plus mystérieux au monde.

Pendant des siècles, d’anciens habitants de la région ont dessiné sur le sol aride des figures de grandes dimensions, d’une extraordinaire précision géométrique, et pour la plupart uniquement visibles du ciel.

À proximité de ces lignes se trouve l’ancienne cité de Cahuachi, un ensemble monumental de pyramides et de tertres, établi à proximité des rares sources d’eau souterraines de la contrée. Ces vestiges et artefacts font de ce vaste territoire des plaines désertiques de Nazca, un paysage culturel et rituel resté dans la plénitude de son mystère.

image noir et blanc du géoglyphe du Singe de Nazca

Les secrets des géoglyphes

Les géoglyphes du site de Nazca s’étalent sur une superficie de plus de 450 km².

Le site montre une grande variété de motifs stylisés de grandes dimensions, représentant des animaux, des végétaux, des êtres fantastiques, ainsi que des figures géométriques abstraites.

Ces figures restent énigmatiques à plus d’un titre:

  • Leur nombre total est estimé à plus de 800 figures (dont beaucoup restent à découvrir) dont la plupart ne sont visibles que d’un point de vue aérien.

  • Des formes abstraites purement géométriques composées de lignes droites, de spirales, de trapèzes, ou de triangles peuvent s’étirer sur plusieurs kilomètres.

  • Les lignes tracées au sol franchissent ravins et collines, et s'avancent sur plusieurs dizaines de kilomètres dans le désert, sans impact sur leur rectitude.

  • Les figures montrant des êtres peuvent mesurer.

  • Des figures biomorphes (mesurant de 5m à 350 m de longueur) montrent des représentations stylisées d'animaux souvent tracées d'une seule ligne qui ne se recoupe jamais.

  • Les animaux tracés au sol, sont également représentés sur les céramiques et tissus typiques de la culture Nazca (singe, jaguar, araignée, héron), mais vivent dans des aires de répartition forestières situées de l’autre côté de la cordillère, à des centaines de kilomètres du site.

  • Certaines représentations de personnages anthropomorphes ou hybrides ont des caractéristiques bien particulières (têtes et yeux disproportionnés, extrémités à trois doigts).

Les techniques de composition de ces dessins à grande échelle ont pu se fonder:

  • sur l’utilisation de cordes d’arpentage ou de longs fils de laine

  • sur des projections géométriques à partir de dessins ou de modèles réduits

  • sur une méthode de carroyage avec une matérialisation de repères au sol.

L’opération de tracé des géoglyphes en elle-même est simple:

  • Il faut déblayer et à empiler en talus sur le côté les couches supérieures de pierres (assombries par l’oxydation naturelle du sol brûlé par le soleil).

  • On peut ainsi mettre au jour, par contraste, la couche rocheuse plus claire située en dessous (à quelques dizaines de centimètres de profondeur).

  • Dans ce climat sec, le sol sans végétation réchauffe fortement l'air et crée un coussin d'air qui en retour, protège les géoglyphes du vent et des tempêtes de sable qui peuvent balayer violemment le plateau de Nazca.

Climat et datation des figures

Les recherches archéologiques ont montré une occupation humaine très ancienne du secteur littoral, révélant que les zones chiliennes étaient habitées depuis des temps préhistoriques (20 000 ans), par des chasseurs établis près de grands lacs (aujourd'hui disparus et devenus des "salares") où ils trouvaient leur nourriture.

Mais à cette phase de climat tempéré ont succédé des périodes de sécheresse progressive, qui ont atteint une intensité maximale entre 100 ans avant JC et 400 ans après JC.

Aujourd’hui, la sécheresse qui sévit sur ce secteur littoral des déserts péruviens et chiliens est permanente. Elle est due au courant marin de Humboldt qui refroidit les masses d'air venues de l'océan Pacifique, et opère une inversion thermique créant cette ambiance d'extrême aridité sur le littoral.

Elle est due au courant marin de Humboldt qui refroidit les masses d'air venues de l'océan Pacifique, et opère une inversion thermique créant cette ambiance d'extrême aridité sur le littoral. Une fois par décennie uniquement, à l’occasion de rares épisodes pluvieux, la région se voit transformée par le spectacle étonnant des graminées du désert en fleurs.

Bien qu’ils soient parfaitement conservés par les conditions climatiques, on ne connaît pas la date de création des géoglyphes car on ne peut dater dater de simples déplacements de roches.

Les datations officielles des géoglyphes sont réalisées à partir de comparaisons avec les artefacts (céramiques et tissus) laissés par les populations qui se sont établies sur le site, les Paracas puis les Nazcans.

Dans une hypothèse extrême de datation, les géoglyphes pourraient être l’œuvre de très anciennes populations, présentes dans la région depuis plus de 20000 ans, d'après les traces archéologiques trouvées dans le secteur et jusqu’au désert d'Atacama au nord du Chili.

image de trois céramiques de la culture Paracas de Nazca au Pérou

Les cultures de Nazca

Les vestiges archéologiques ont permis d’établir une occupation humaine de la région, par au moins deux civilisations aux savoirs-faire avancés, les cultures Paracas et Nazca.

Les anciens Nazcans peuvent être considérés comme des Paracas ayant conquis de nouveaux territoires jusqu’au nord du Chili. Il donc est possible de parler d'une même civilisation qui semble être apparue dans la péninsule de Paracas, et peut-être arrivée par la mer.

Tirant en partie ses ressources de l’océan proche et poissonneux, mais établie sur des terres devenues progressivement inhospitalières, cette culture s’est fondée sur la maîtrise de vastes systèmes d’irrigation et sur le développement avancé de connaissances techniques, artisanales et artistiques.

Art de la céramique:

Prisée bien au-delà de la région (comme en témoignent les échanges avec d’autres sociétés pré-hispaniques), la poterie finement ornée constitue un riche matériel céramique polychrome aux formes variées, témoignant d’un savoir-faire très élaboré.

Art du tissage:

Les tissus colorés des Paracas sont reconnus par la qualité des techniques de réalisation et de mise en oeuvre des couleurs, ainsi que par les caractéristiques hors-normes de certaines pièces retrouvées, tels des textiles de plusieurs dizaines de mètres de longueur.

Connaissances médicales:

Les traces archéologiques attestent de pratiques chirurgicales et médicales très avancées telles que des trépanations non létales, ainsi qu’une grande connaissance des plantes à visée thérapeutique et psychoactive.

Connaissances en construction avancées:

Les cultures Paracas-Nazcans se distinguent par l’édification de vastes réseaux d’aqueducs souterrains, destinés à empêcher l’évaporation de l’eau d’irrigation, témoignant de connaissances avancées en génie hydraulique. Un ingénieux système de puits circulaires spiralés profonds (puquios), toujours en usage aujourd’hui, permettait l’exploitation des nappes phréatiques et servaient de regards techniques pour l’entretien du réseau d’aqueducs.

Pratiques rituelles particulières:

Parmi certaines pratiques rituelles notables, on distingue l’usage de déformations crâniennes par un système de liens de cuir enserrant la boîte crânienne, qui conduit à produire dès l’enfance un crâne de forme conique et allongée. Ces déformations constituaient certainement une forme d’hommage et un signe distinctif marquant un statut et une appartenance sociale, dont le sens profond reste à déterminer.

La pratique de momification des corps, facilitée par le climat aride de la région, était répandue, comme en attestent les nombreuses momies humaines en excellent état de conservation, retrouvées dans les nécropoles et cavités à flanc de montagne.

Iconographie :

Dans sa phase finale, l’iconographie Nazca voit les grandes figures zoomorphes remplacées par des thèmes guerriers (soumissions, décapitations, têtes trophées), indice possible de l’accroissement de conflits régionaux.>

À quoi servent ces figures ?

La signification et la fonction des figures zoomorphes, comme des figures géométriques, n’est pas identifiée. Les spéculations sur l’usage des figures sont multiples et comprennent différentes approches, parfois associées:

Dans une approche astronomique les figures seraient des reflets terrestres de constellations célestes.

Dans une approche calendaire, liée au décompte du temps, les figures constitueraient des marqueurs physiques de dates récurrentes.

L'apparition dans le ciel de certains groupes d'étoiles ou la position des rayons solaires à certains moments de l'année pourraient révéler une correspondance avec des lignes au sol à travers des alignements significatifs.

Dans une approche liée à des activités rituelles, les figures formeraient des chemins tracés matérialisant des parcours processionnels symboliques. Dans cette hypothèse, les géoglyphes sont à interpréter comme des espaces de culte et de rituels, ou encore des lieux de pèlerinage, sillonnés et entretenus par des parcours pédestres reliant différents points importants.

Dans une approche cosmogonique, les figures représenteraient des êtres mythologiques ou des principes universels et divins, à invoquer pour participer à la protection de l'homme et à l'apport d'eau dans la région.

image d'une pièce textile de la culture Paracas de Nazca au Pérou

Tissage et trame du monde

  • Parmi les géoglyphes, outre les dessins de formes animales, de fleurs ou les figures géométriques, il est possible de découvrir un motif apparenté à un métier à tisser, indiquant ainsi l'existence d'un lien entre les étoffes et les marques au sol.

  • La prééminence du culte des ancêtres dans la région de Nazca, est affirmée par l'importance des nécropoles mises au jour et la richesse de leurs sépultures. Sur les flancs arides des reliefs du site ont ainsi été découvertes de nombreuses momies, repliées en position fœtale et enveloppées dans des étoffes pouvant mesurer plusieurs dizaines de mètres de longueur.

  • Par les qualités différentes de tissus attribués aux défunts, la richesse des sépultures indique une organisation sociale hiérarchique élaborée, et donc le rôle particulier du textile comme marqueur de croyances sacrées et de position sociale.

  • Sur un tissu en cours de réalisation, les contours d’un motif sont occultés par la confection selon une double chaîne, et ne deviennent visibles qu’au terme de l’opération. Surtout, l’émergence du dessin préconçu qui se révèle en superposition par rapport à la trame de fond peut être considérée comme l’image de toute vie qui émerge avec ses particularités depuis la trame du monde.

  • Tous ces éléments tendent à attribuer à la pratique du tissage une grande importance symbolique, en tant que représentation de la structure profonde du monde réel.

Une région très mystérieuse

Comme si l’existence dans la région de Nazca de figures gigantesques aux origines énigmatiques ne suffisait pas, d’autres découvertes ajoutent encore au caractère mystérieux de la région.

La bande de trous dans le paysage:

Une bande de milliers de trous réguliers a été découverte dans la plaine de la vallée de Pisco à 160 km du site de Nazca sur une longueur de 3 km dans une zone appelée Monte Serpiente (le Mont Serpent). On ignore absolument la fonction de cet ouvrage à la rigueur d’exécution quasi mécanique, mais suivant une légende locale, cette bande de trous serait une représentation d’un serpent géant, en hommage à une divinité.

Le sommet arasé:

Parmi les reliefs montagneux de la région, dans les montagnes de Palpa, se trouve un site soulevant de lourdes interrogations. L’analyse du relief montre qu’un pic entier de la montagne a été sectionné et arasé de façon artificielle, sans traces de déblais. Un tel ouvrage de nos jours nécessiterait 30 ans de travaux avec les moyens mécaniques les plus modernes. Au-delà des proportions hors-normes de cette réalisation, l’étude du relief semble indique que le volume total excavé devrait avoisiner un million de tonnes de roches...qui a tout simplement disparu.

Les crânes allongés de Paracas:

Les crânes de Paracas exposés au musée de l’histoire de Paracas, présentent des caractéristiques étonnantes, telles qu’une forme allongée prononcée, sans trace de manipulation, ainsi qu’une absence des sutures sagittales caractérisant notre espèce (homo sapiens sapiens).

Les découvertes et analyses de corps étranges:

En novembre 2015, dans cette région des pilleurs de tombes (huaqueros) ont découvert un ensemble d’artefacts et de corps momifiés, aux caractéristiques plus qu’étranges (corps de petite taille, crânes allongés, visages aux yeux démesurés, absence de nez et d’oreilles, ossements creux, extrémités tridactyles aux phalanges surnuméraires), que l’on pourrait rapprocher des représentations d’êtres tridactyles figurant fréquemment parmi les figures zoomorphes du site. Les analyses scientifiques réalisées (analyses ADN, scanners 3D, datations C14, accessibles au public, voir lien en bas de page) concluent à l’authenticité des corps.

Prospectives & conjectures

Il manquera toujours le contexte précis et les motivations profondes ayant présidé à leur réalisation et il restera difficile d’établir de façon définitive, si ces figures sont des représentations de divinités, de métamorphoses chamaniques, ou encore autre chose.

Il est plausible les figures de Nazca remontent à une période très lointaine et soient le produit d’une culture ancestrale unique.

Dans ce sens, il est possible de hasarder quelques spéculations:

  • >Les finalités de ces figures seraient liées à des fonctions astronomiques (repères temporels pour le retour d’évènements importants), ainsi qu’à un usage de parcours processionnels reliant physiquement ou symboliquement des lieux marquants.

  • L’accession à des états modifiés de conscience par des pratiques physiques (musique, danse, altérations sensorielles), ou par l’absorption de substances psychoactives (feuilles de coca, cactus hallucinogènes), pouvait constituer le moyen d’utilisation de ces figures en tant que parcours processionnels.

  • Les figures zoomorphes parcourues étaient choisies en fonction de la correspondance entre la représentation explicite de la figure (animal, esprit) et l’objet de la demande d’intercession.

  • Dans une pensée holistique qui interconnecte et sacralise tous les éléments du monde sensible (telle qu’on l’a retrouve dans l’animisme et le chamanisme), une fonction liée techniquement à l’eau et à l’irrigation reste indissociable d’une fonction rituelle liée au culte d’une divinité associée à l’eau.

  • Les motifs zoomorphes et anthropomorphes du site de Nazca peuvent constituer des représentations de principes cosmiques universels et divins (qui pourraient en cela être rapprochés du concept de Neter de l’Égypte antique).

  • Importance symbolique du tissage du fil continu et de la trame comme représentation de la structure du monde.

image stylisée du géoglyphe du Singe de Nazca au Pérou

    La figure du Singe

    • Un des géoglyphes les plus connus du plateau de Nazca est le motif emblématique du Singe (83 mètres de longueur sur 70 mètres de hauteur), qui représente un animal de la jungle, distante de centaines de kilomètres de Nazca.

    • La représentation des membres supérieurs du singe, montre quatre doigts à une main, cinq doigts à l’autre main, de façon identique à un autre géoglyphe nommé "les mains", qui représentant une paire de mains également équipées de quatre longs doigts sur la main gauche, et cinq doigts sur la main droite.

    • La figure du singe ne montre que trois orteils à chaque pied, et bien qu’il n'existe aucun mammifère ne possédant que trois doigts ou orteils (à part le paresseux tridactyle), ce caractère tridactyle revient fréquemment dans les représentations, aussi bien dans les géoglyphes que sur les motifs céramiques et textiles.

    • La queue de la figure se termine en une immense spirale qui pourrait symboliser le cycle de vie.

    • La vie s’inscrit dans des cycles temporels (alternance jour-nuit, succession des saisons,...) représentés par le cercle. Comme elle se déploie également suivant l’axe du temps, ce cercle peut se concevoir comme une spirale tridimensionnelle, indiquant de façon subtile, que es évènements, malgré des similitudes avec des manifestations du passé, ne se reproduisent jamais de manière identique.

    • Aujourd’hui, dans la tradition locale, cette figure du singe reste associée au principe de fertilité, car le dessin du singe était le symbole indien de la Grande Ourse, la constellation qui, pour les populations anciennes, représentait la pluie.

    • Il est alors possible d’imaginer, qu’une année où la pluie se faisait trop attendre, les hommes dessinèrent le singe pour rappeler aux dieux que la terre avait terriblement soif...

    (Pour aller plus loin)

    "Des Mochicas aux Incas, Le Pérou archéologique" - Exposition du Musée archéologique du Val d’Oise - Place du Château 95450 Guiry-en-Vexin

    (jusqu’au 15 septembre 2019)

     

    "Les énigmes de Nazca" - Article de Carmen BERNAND

    https://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/les_enigmes_de_nazca.asp

     

    "Visibles que du ciel " - Volet n°4 du dossier par Yvesh - blog Science-Faits-Histoire

    http://www.sciences-faits-histoires.com/blog/preuves-autre-histoire/visibles-que-du-ciel-4.html

     

    Sur les "étranges" momies de Nazca – Dossier scientifique du site The Alien Project

    https://www.the-alien-project.com/momies-de-nasca-resultats/